• Pas ce soir, je dîne avec mon père

    31 mars 2009

    marion-ruggieriPremier roman édifiant de Marion Ruggieri, Pas ce soir, je dîne avec mon père est drôle et effrayant. Drôle parce que Marion Ruggieri, chef des pages Culture de Elle et chroniqueuse sur Paris Première, possède une plume acerbe (le ton Elle ?*) et effrayant parce que la relation incestueuse qu’elle décrit est destructrice. Fille de Eve Ruggieri et de son père (impossible de retrouver son nom dans le livre, soit mauvaise lecture de ma part, soit acte délibéré de l’auteur), son premier roman a connu un certain retentissement du fait de la notoriété de sa mère.

    Marion Ruggieri raconte dans Pas ce soir, je dîne avec mon père ses relations complexes avec son baby-boomer de père, qui ne veut pas vieillir. Célibataire heureux depuis son divorce, il prend sa fille à témoin de sa vie sexuelle depuis qu’elle a 13 ans, âge où elle aurait dû pouvoir commencer à vivre sa propre vie intime. Jouissant de cette position de confidente, de “petite femme”, mais souffrant de ne pas parvenir à prendre sa place d’adulte, elle reste la petite fille de son père, jalouse des femmes (nombreuses et de plus en plus jeunes) qui côtoient son père. Adolescente de 30 ans, elle vit avec un homme qui pourrait être son père et qui est né le même jour que lui. La différence notable entre eux, c’est que son compagnon ne lutte pas contre les effets du temps.

    De cette situation plutôt glauque, Marion Ruggieri trace au vitriol le portrait des “jeunes éternels” :

    “Je connais bien des trentenaires qui, histoire de, reprochent aux vieux de leur avoir tout piqué : leur travail, leur copine, leurs fringues, leur fric, et même leurs illusions. Sous-entendu : on n’a déjà pas eu l’amour libre et le plein emploi, laissez-nous au moins nos tee-shirts !”

    Consciente que les liens avec son père sont malsains, elle se demande “comment tuer un être aussi sympathique”. Si vous souhaitez savoir si elle y parvient, je vous conseille de lire Pas ce soir, je dîne avec mon père, petit roman cynique qui se lit en un clin d’oeil.

    Pas ce soir, je dîne avec mon père, Grasset, 2008

    * j’adore également le style d’Alix Girod de l’Ain

 

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